Salut !
J’ai vu ton texte ici : https://www.lescavaliersrouges.fr/post/t%C3%A9moignage-d-un-ancien-%C3%A9lecteur
Je te remercie d’avoir mis des mots sur ce basculement intérieur. Ce que tu décris n’a rien d’une posture. C’est un apprentissage, douloureux, de la manière dont l’élection nous colle comme une évidence morale, avec des mots ou expression comme « barrage », « responsabilité », « il faut bien », « au moins symboliquement ». On finit par confondre l’acte d’élire avec l’acte de résister.
Ce qui frappe dans ton récit, c’est le ressort central de la promesse qu’en élisant on protège le réel contre le pire. Mais en pratique, l’élection ne fait pas disparaître les logiques de domination, il les recycle. Il transforme une colère politique en bulletin de vote, et une lutte contre l’État en gestion de l’État. Et pendant qu’on s’épuise à « choisir le moindre mal », l’État (et son capitalisme), lui, continue de s’installer comme horizon unique : il reste le seul outil crédible, la seule scène légitime, le seul langage autorisé.
Ton texte montre aussi quelque chose de décisif, que plus on a « de bonnes raisons » de participer aux élections, plus le mécanisme devient invisible. La sociologie électorale que tu cites n’excuse rien, elle éclaire. La culpabilité, la pression sociale, le sentiment d’obligation, tout cela fabrique une participation qui ressemble à une vertu alors qu’elle ressemble surtout à de la fidélité au dispositif de soumission. Et cette fidélité finit par te coûter plus cher qu’on ne te le dit. Car tu rentres dans un rôle qu’on t’a préparé, puis tu t’étonnes d’en sortir déçu.
Sur le fond, je te rejoins. L’élection, ce n’est pas seulement « donner une opinion », c’est reconnaître la « démocratie » électorale comme procédure légitime de décision. C’est conférer au pouvoir un accord populaire truqué. Même quand on « s’oppose », on le fait sur sa scène, avec ses règles, en nourrissant sa mécanique de légitimation. L’abstention, elle, n’est pas magique. Elle n’abolit pas l’État à elle seule. Mais elle retire quelque chose de précieux à l’appareil. La preuve qu’il tient en permanence l’adhésion des populations.
Alors oui, si 2027 arrive avec ses peurs et ses injonctions au « il faut voter », alors il faut exactement faire l’inverse de ce que le discours dominant exige, et notamment refuser la fausse alternative, refuser la logique du bulletin comme geste émancipateur. Le message peut être simple et collectif, « nous ne voulons plus être représentés par ceux qui gouvernent, nous voulons reprendre du pouvoir là où il devrait ne jamais avoir disparu, dans les lieux de vie (quartiers, villages, villes, …), dans les lieux de travail (lieu où on passe une grande majorité du temps de nos vies) ». Ceci avec les moyens dont on dispose tous et toutes, par l’entr’aide, par la socialisation des moyens d’existence, par les luttes, par les solidarités, par les formes d’organisation qui ne demandent pas la permission, et ceci comme le proposent les anarchistes.
Et j’appuie entièrement le geste symbolique que tu proposes. Pas parce que « brûler » ferait tout, mais parce que c’est une rupture nette avec la mise en scène d’une démocratie procédurale élective. Une manière de dire, on ne sera plus dupes de l’illusion présidentielle, on ne confondra plus la paix des urnes avec la justice sociale, ni l’acte électoral avec un acte d’émancipation.
Ton texte ne raconte pas une abstention individuelle. Il raconte la fin d’un pacte. Et en ce sens, il donne envie de suivre, pas pour « faire comme toi », mais pour arrêter de contribuer, même malgré soi, à la même machine.
EquiLibre